Synthèse d’un échange avec M. OUATTARA, promoteur et PCA de MOABLAOU S.A sur l’entrepreneuriat avicole au Burkina Faso

L’entrepreneuriat au Burkina Faso est un domaine qui a encore beaucoup d’avenir au vu de son énorme potentiel non encore exploité.

En effet, de grandes opportunités d’affaires sont à saisir dans ce domaine et n’attendent seulement que des preneurs.

Plusieurs ainés ont tracé le chemin et n’attendent plus que les jeunes emboitent leurs pas.

Sont de ces ainés M. OUATTARA Simbel Abou, ancien haut cadre de l’administration publique qui s’est converti depuis plus d’une trentaine d’années dans l’aviculture moderne.

L’aventure de M. OUATTARA commence en Juin 1987, année au cours de laquelle il a démissionné de l’administration publique en tant que directeur régional de l’Office National de Céréales- OFNACER (actuel SONAGESS) pour se lancer dans l’élevage des poules pondeuses dans la périphérie de la capitale burkinabè.

D’après le constat fait par notre entrepreneur à succès, notre pays peut atteindre l’autosuffisance alimentaire si les dispositions sont prises pour encourager la production et favoriser la modernisation de notre agriculture.

En tant que « fils de paysan », comme il aime bien à se présenter lui-même, et en tant qu’amoureux de l’élevage, c’est au cours d’une mission de travail qu’il a effectuée en Europe (Belgique) à l’époque où il était à l’OFNACER qu’il a pris conscience de la nécessité pour le Burkina Faso de développer des techniques d’aviculture en y insérant la technologie moderne.

Selon lui, l’autosuffisance alimentaire ne consiste pas essentiellement à cultiver des tonnes de céréales, il s’agit plus tôt de produire des aliments complets dont bien sûr les céréales mais aussi et surtout des sources de protéines. Les œufs étant une grande source de protéines, M. OUATTARA a donc décidé de se lancer dans l’élevage de la volaille.

D’abord, il avertit les jeunes qu’avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, il faut de la conviction. On ne se lance pas en entreprise parce qu’on a échoué ailleurs ou que l’on recherche un salaire ou encore que le copain ou le voisin a réussi en entrepreneuriat.

Personnellement, il a décidé de se lancer dans ce domaine car il savait qu’il n’allait « pas mourir de faim » et qu’en cas d’échec il irait cultiver la terre dans son village à Banfora.

MOABLAOU S.A fait de la production avicole que son promoteur a présenté comme étant de l’élevage d’oiseau. Il a commencé en juin 1987 et fait de l’élevage moderne à la différence de l’élevage traditionnel. Il a rappelé qu’il a commencé son entreprise avec 500 poules pondeuses et un budget de 2.000.000 de francs CFA en 1987.

D’abord partie du statut d’entreprise non formelle, puis d’entreprise individuelle, MOABLAOU deviendra ensuite SARL pour être enfin la S.A connue aujourd’hui.

Selon le promoteur, quand on parle d’autosuffisance alimentaire il y a aussi bien les céréales que les sources de protéines dont les poules sont la source la moins chère et la plus disponible.

Les œufs de production modernes sont appelés œufs de tables ou de consommation.

Les poules élevées par MOABLAOU S.A produisent chacune une moyenne de 300 œufs par an. Ces œufs ne sont pas fécondés c’est-à-dire qu’il n y a pas de petits dedans.

Pendant dix-sept (17) ans, notre aviculteur a fait de l’élevage dans des bâtiments ouverts avant de se lancer à partir de 2005 dans un élevage en atmosphère contrôlée.

L’aviculture industrielle est celle qui se fait dans un local dont la température est contrôlée et continuellement régulée. Il s’agit concrètement d’un espace fermé et climatisé.

La climatisation de la ferme est faite d’eau et de vitesse d’air uniquement. Il n’y a pas de gaz à effet de serre car l’entreprise s’est engagée aussi dans la protection de l’environnement.

Dans l’espace UEMOA, MOABLAOU S.A est la deuxième entreprise qui fait de l’élevage industriel  en aviculture moderne et est la seule au Burkina Faso à le faire avec plus de 200.000 poules qui produisent entre 150.000 et 180.000 œufs par jour. Ces œufs sont totalement distribués dans la ville de Ouagadougou. Pour le moment l’entreprise n’exporte pas.

Quand on parle de modernisation technologique, il faut des équipements martèle M. OUATTARA. Et surtout il faut aller vers ce qui a déjà été inventé.

A travers le monde ce système est utilisé par 80% des producteurs contre seulement 5% en Afrique où les producteurs sont encore accrochés au système traditionnel.

A la différence du système traditionnel dans lequel une poule peut pondre en moyenne 50 œufs par an, le système moderne, en plus de maintenir en meilleure forme la poule, lui permet de pondre en moyenne 300 œufs par an.

Il conseille aux jeunes de ne pas avoir des à priori. L’aviculture moderne est devenue une science exacte. Il y a plusieurs filières dans ce domaine : selon la souche, soit on veut faire de la production de chair, soit on veut faire de la production d’œufs.

Dans le domaine de l’aviculture, chaque fournisseur a un cahier de charges et chacun doit prendre les dispositions pour respecter ce cahier de charges qui définit toutes les normes de gestion de la volaille (conditions d’alimentation, de soins, de température, etc.).

L’entreprise est managée à ce jour par un directeur général qui seconde le promoteur et président du Conseil d’administration, un directeur financier, un directeur commercial, un docteur vétérinaire responsable de la ferme et deux ingénieurs.

Elle compte aussi une centaine de salariés et plus de 1200 collaborateurs engagés dans la vente et la distribution des œufs. Il faut noter que cette grosse équipe de distributeurs constituée majoritairement de jeunes compte plus de 800 femmes.

En termes d’anecdote raconte le promoteur, la meilleure vendeuse des œufs de l’entreprise a fait en 2017 un chiffre d’affaires de plus de 177 millions de francs CFA. Cela prouve que le domaine est porteur.

S’adressant aux jeunes, M. OUATARA souligne que les études scolaire et universitaire sont un moyen dans la vie, un moyen pour s’insérer dans la société. Les jeunes doivent se demander permanemment comment faire pour gagner sainement leur vie. Pour cela, ils doivent éviter les raccourcis tels que la corruption, le vol, les détournements, etc.

L’entrepreneur a prévenu les jeunes qu’il y a des gens qui ne sont pas aptes pour être chefs d’entreprise. Non seulement il faut faire des études mais il faut faire des choix clairs dans la vie et ne pas avoir des ‘’à priori’’.

« Si vous voulez faire de l’agriculture ou de l’élevage, il faut le faire de façon moderne » a insisté M. OUATTARA. « Nous devrons aussi nous inspirer de ce que les autres ont fait ailleurs» a t-il poursuivi.

La formation occupe une place importante dans le domaine dans lequel l’on souhaite se lancer. A titre illustratif, lui-même s’est rendu en Israël en 2001 pour faire une formation en aviculture moderne.

Il faut accepter de commencer ‘’petit’’ afin de pouvoir évoluer. Selon lui, « il est dangereux d’avoir de l’argent avant d’aller en entreprise privée », cela peut être comparé à un jeune homme qui décide de vivre avec une jeune fille avant de se marier. Cela est très dangereux a martelé l’entrepreneur.

En termes de conseils, il propose aux jeunes de :

  • accepter de se former dans le secteur d’activité dans lequel ils veulent s’engager,
  • être disponible et rigoureux dans leur domaine d’entreprise. Seule la constance dans l’effort fera réussir. Tout devra être planifié.

Le Burkina Faso n’est pas autosuffisant en matière de production d’œufs. MOABLAOU S.A produit entre 150.000 et 180.000 œufs par jour tous écoulés, cela démontre que le marché existe et mérite donc d’être comblé. Il y a de la place dans ce domaine et l’entrepreneur invite les jeunes qui sont intéressés à s’y lancer si toutes fois ils sentent la vocation.

Il note que la différence entre les européens et les africains réside dans leur état d’esprit. Il faudrait que l’on prenne conscience que personne n’est inutile. Chacun est utile et doit seulement chercher à découvrir ce en quoi il excelle. Chacun a une voie et il faut trouver cette voie.

Les études ont montré qu’au Burkina Faso, sur 20 personnes qui commencent l’aviculture, seulement 4 subsistent encore trois ans plus tard.

M. OUATTARA déclare que dans la vie, il faut chercher à atteindre plusieurs objectifs qui permettront à la personne d’être utile à soi-même et d’être surtout utile aux autres.

MOABLAOU S.A n’a pas de centre de formation mais, en partenariat avec des écoles supérieures de formation professionnelle d’élevage elle reçoit quelques fois des élèves comme stagiaires.

Les principaux facteurs de risques de ce type d’élevage sont généralement :

  •  les maladies dues au climat (il faut maitriser le climat chaud connu sous nos tropiques),
  • le comportement de l’aviculteur (l’hygiène et la propreté doivent être de mises dans ce domaine).

Propos recueillis par Titiama Stéphane SANON

Journaliste – volontaire à FASO Diffusion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
16 ⁄ 8 =


Inscrivez vous à notre newsletter